L’obsession québécoise pour le modèle d’école-usine

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Nous le savons tous.

Le modèle d’éducation-usine qu’on retrouve encore dans nos écoles ne colle plus à notre réalité de l’ère de l’information où la curiosité, la créativité, l’inventivité, le partage et le bien-être (au sens large) ont remplacé le travail à la chaîne (tourner des boulons, comme dans le film “Les temps modernes” de Charlie Chaplin, dont il y a un extrait, ci-après), la conformité obsessionnelle, l’obéissance sans réflexion personnelle (aux dictats et à toute hiérarchie) et la subsistance (aussi bien économique que sociale) strictement individuelle, qu’importe les impacts sur autrui.

Le vieux modèle d’éducation n’a plus sa place ou alors très peu mais voilà, nos milliers d’écoles québécoises obsèdent sur l’ancien modèle avec ses examens standardisés (alors que tous les élèves sont uniques et ont des chemins d’apprentissages aussi uniques qu’eux) et ses “programmes” imposés et obligatoires qui plaisent aux uns mais qui découragent les autres.

Nous vivons à l’ère de l’information et manifestement, notre modèle éducatif, pour l’essentiel, n’a pas suivi.

Alors que l’information est diversifiée, abondante et emballante dans le web, elle se veut ciblée, limitée et procédurale, à l’école.

Où croyez-vous que nos enfants vont tendre, naturellement?

Vers le web, bien évidemment.

Et pourtant, près de la totalité de nos fonds publics sont encore et toujours déversés dans le modèle des écoles-usines. Cherchez l’erreur. Comme si aucun élu n’avait remarqué le fossé qui se creuse entre l’école où les enfants sont (pour la plupart) obligés de se rendre, 5 jours par semaine et le web où ils se rendent, d’eux-même, à chaque fois qu’ils le peuvent.

Alors pourquoi les Québécois devraient-ils accepter de verser des dizaines de milliards de dollars dans un écosystème d’éducation qui refuse d’entrer dans l’ère de l’information?

L’école-usine obsède sans fin sur les résultats des élèves aux tests standardisés. Contrairement au web où chaque enfant a l’occasion d’être un champion à quelque chose qu’il aime (et il peut apprendre toutes ses matières, via cette passion, par la suite), l’école-usine créé un stress sans fin sur tous les élèves qui, selon la logique du “système” en place, doivent sans cesse nier leur instinct pour l’apprentissage afin d’obséder, eux-aussi, sur le régurgitat de par-coeur qui colle à la vision de celui qui corrige le test (le prof ou le ministère).

Standardiser les résultats de tests permet d’avoir une mesure-massue pour l’ensemble des élèves québécois mais est-ce que ça les équipe vraiment pour une vie professionnelle enrichissante? Parfois oui (surtout pour les professions axées sur la conformité-à-tout-prix) et souvent, pas vraiment (partout où la créativité surpasse l’impératif de conformité).

La réalité du web en tant qu’école

Nos enfants québécois apprennent autant sinon plus à la maison, pendant le peu de temps libre qu’il leur reste qu’à l’école. Pourquoi? Parce que l’école a totalement “oublié” qu’un enfant, ça apprend immensément plus vite et mieux en s’amusant. Ainsi, en évacuant l’aspect ludique de l’éducation, l’école ne présente plus beaucoup d’attrait pour tout enfant qui compare ce modèle de “prison éducative” à la liberté sans fin du web.

Tablette à la main, ordinateur performant sur le bureau et téléphone intelligent en poche, l’élève québécois d’aujourd’hui sent qu’il perd son temps, 8 heures par jour, à l’école.

Il y a encore du mérite à socialiser avec les autres élèves et le corps professoral mais pour l’essentiel, la matière enseignée ne correspond pas aux compétences-clé dont auront besoin ces enfants pour performer sur le marché de l’emploi de demain.

D’ailleurs, personne ne sait très exactement ce qui sera demandé à nos enfants, dans une décennie, sur ce marché de l’emploi. Le principe de précaution voudrait alors qu’on leur enseigne l’art de penser plutôt que la technique du tournage de boulon (sur une chaîne de montage d’usine) parce que les usines, déjà, aujourd’hui, sont remplies de robots.

Autrement dit, il y a comme une modernité bienveillante et ouverte qui collisionne avec un modèle d’éducation qui pénalisera un élève qui pense (en voulant aller au-delà des “enseignements imposés”) tout en récompensant celui qui régurgitera son par-coeur, sans vraiment se demander s’il a compris ce qu’il régurgitait.

S’inspirer d’Idriss

Nombreux sont les penseurs modernes qui ont dénoncé le modèle des écoles-usines.

Ces écoles ont servi un modèle oligarchique de l’ère industrielle mais à l’ère de l’information, nous devons moderniser l’éducation.

Pour nourrir votre inspiration au moment de cette réflexion visant à moderniser nos écoles québécoises, je vous invite à découvrir Idriss.

Vous l’avez probablement vu et entendu en ligne.

Idriss Aberkane est âgé de 34 ans et il est un enseignant, conférencier et essayiste français qui a été médiatisé pour ses écrits et ses conférences sur l’économie de la connaissance et les neurosciences. En 2016, il a publié un essai à succès intitulé “Libérez votre cerveau”.

Ça met la table pour ses commentaires fort intéressants, concernant l’école française mais on aura compris que ses idées peuvent à peu près toutes trouver écho ici, dans nos écoles québécoises.

Voici quelques clips de ce qu’il explique, dans cette vidéo:

  • Un humain est plus grand qu’une université.
  • Ce qui fait la grandeur des grandes écoles, ce sont les humains qui les ont créées.
  • Un humain peut créer une université, une université ne créera jamais un humain.
  • Le vice qu’on présente comme une vertu, c’est d’affirmer qu’un humain est grand que s’il est passé par le monopole de la “grandeur académique”, par exemple. Ça, c’est à vomir.
  • Academos. Le Grecs n’avaient aucun diplôme. Aucun. C’est eux qui ont créé cette entité dont prétend s’inspirer le système éducatif actuel.
  • L’essence de l’humain relève de sa qualité, pas de sa quantité (réflexion inspirée par René Guénon).
  • Quand l’humain s’enferme dans la quantité, il castre son humanité. Ni plus, ni moins. [c’est ce qui se produit tout naturellement dans un monde industriel qui est, par essence, normatif, soit basé sur les notes et le classement]
  • Le monde industriel est basé sur la conformité.
  • Ce monde industriel se base sur la conformité pour les standards liés aux pièces (les écrous, les boulons et puis finalement, les humains).
  • Le monde industriel, c’est du ISO 9001 qu’on appliquerait normalement à un écrou et qu’il applique à un humain.
  • L’intelligence artificielle va nous libérer des fantasmes et des mirages du monde industriel.
  • L’être humain est supérieur à “la note”. C’est un fait. Les grands hommes échappaient totalement à “la note”. Et c’est pour ça qu’ils étaient des grands hommes.
  • La “vie notée” est à la vraie vie ce que le cheval de bois est au vrai cheval.
  • Le problème aujourd’hui, c’est que si quelqu’un excelle sur le vrai cheval sans être passé par le cheval de bois, on le traite d’imposteur. Ça, c’est dramatique parce que la priorité doit être au vrai cheval.
  • C’est là le problème de notre système éducatif, aujourd’hui et c’est pourquoi ont voit de plus en plus d’autodidactes, comme Vitalik Buterin (qui a inventé la plateforme Etherium).
  • [en parlant de Vitalik Buterin] fais des choses dans la vraie vie et change le monde [au lieu d’écrire un autre doctorat que personne ne lira].
  • Le ratio entre sagesse et connaissance est perdu, aujourd’hui. L technologie explose dans tout un tas de domaines et la sagesse ne croit pas autant.
  • En éducation, il faut donc parler du principe de sagesse.
  • Envisager l’immatériel demande toujours plus d’effort à l’humain [en parlant de la perception de l’humain, en regard de son propre cerveau par opposition à un autre organe de son corps qu’il peut voir, comme son pied].
  • C’est très dur [pour un humain] de “rester” sur de l’immatériel pendant plus d’une minute.
  • Tout ce qui demande un effort est impopulaire et tout ce qui ne demande pas d’effort est populaire.
  • L’éducation du future doit évidemment être à la forme de notre cerveau.
  • Si on veut atteindre l’excellence, la vraie (pas l’excellence-bidon), elle va s’atteindre se taillera à la mesure de l’humanité. Chaque fois qu’on a fait ça, on a changé le monde.
  • Il faut envisager le système éducatif à la mesure de l’homme.

Si vous aimez cette approche d’Idriss Aberkane, vous voudrez également visionner (et assimiler la sagesse implicite à) ce clip:

Ça explique notamment que l’humain a besoin de personnes qui peuvent nous inspirer tout en nous transmettant des connaissances et en toute franchise, nous avons d’excellents professeurs, au Québec. Encore faut-il leur allouer l’espace de liberté dont ils ont besoin pour se réaliser, en tant qu’éducateurs inspirants.

Il y a donc de nombreuses réflexions à avoir sur la pertinence de s’obstiner à obséder sans fin sur notre modèle actuel des écoles-usines, au Québec.

À mon sens, vous faites partie de la solution si votre priorité va à l’humain et non à la structure.

Alors prenez votre place et contribuez à créer le monde dans lequel vous voulez vivre, incluant au plan de l’éducation.

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