L’intimidation doit cesser

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Les enfants du Québec qui fréquentent les différents milieux scolaires doivent affronter des situations d’intimidation qui existent parce que des conditions permettent qu’elles existent.

Même avec des politiques de “tolérance zéro” en regard de l’intimidation, à l’école, nos milieux scolaires demeurent empreints de dangers, pour les enfants qui les fréquentent.

Les épisodes d’intimidation sont aussi uniques que les acteurs qui y sont associés. Cette géométrie variable doit rappeler à toutes les personnes en autorité dans nos milieux scolaires que la problématique de l’intimidation continue de faire des victimes, malgré des efforts ponctuels qui auraient pu avoir divers succès, par le passé.

Comme un virus actif, l’intimidation se perpétue par opportunisme.

Les lieux

Définissons d’abord les lieux où les enfants peuvent être victimes d’intimidation:

  1. la maison (oui, même à la maison, par des proches ou via des messages intimidants, par voie électronique, par exemple);
  2. le transit (habituellement parcouru à pied) entre la maison et le moyen de transport (souvent un autobus scolaire);
  3. l’autobus scolaire où les enfants ont de nombreuses opportunités, loin de la vue du chauffeur;
  4. le terrain extérieur de l’école, lors des transits depuis les transports ou lors des périodes de récréations ou de pause;
  5. l’intérieur de l’école, avec ses zones plus ou moins surveillées.

Nos milieux scolaires doivent prendre des moyens musclés pour appliquer une politique de “tolérance zéro” pleinement effective pour chacun de les environnements 3 à 5.

Ça passe par des directives très strictes par du personnel formé et motivé à faire triompher la “tolérance zéro” à l’intimidation mais aussi par une armée d’enfants-brigadiers qui travaillent (au minimum) en tandem dans toutes les zones sensibles où le personnel ne peut pas assurer une couverture continuelle.

Il faut aussi sensibiliser tous les élèves à l’intimidation pour que celle-ci soit immédiatement dénoncée et que des actions soient prises pour les punir sévèrement en plus des les documenter pour éviter qu’elles ne se reproduisent.

Un contrat devrait d’ailleurs être passé entre l’intimidateur (qu’il agisse individuellement ou en groupe) et l’école afin d’assurer qu’il ait bien compris les conséquences de ses choix.

Sans transformer le milieu scolaire en régime totalitaire anti-intimidation, le message de “tolérance zéro” doit être accompagné d’une surveillance aiguisée et de conséquences très réelles, pour ceux qui pratiquent l’intimidations.

Comment avoir un milieu scolaire où il fait bon apprendre si une proportion d’élèves ont la peur au ventre? Impossible.

Il va de soi que la même rigueur doit être appliquée au transport scolaire et cela va de soi, à la maison.

Les intimidateurs

Vous croyez les connaître? N’en soyez pas si certains.

Les intimidateurs en milieu scolaire ont différentes approches et hybrident les stratégies pour brouiller les pistes, tout en infligeant des séquences intimidatrices qui peuvent avoir des conséquences très graves.

Parmi les intimidateurs, il y a autant de garçons que de filles mais les approchent diffèrent, à savoir que les garçons utiliseront davantage les muscles et les bravades alors que les filles feront un usage sélectif des mécanismes d’inclusion (ou non) aux groupes, en plus de prononcer des phrases assassines sous un couvert de fausse bienveillance.

Par exemple, un garçon intimidateur fera exprès pour pousser un collègue de classe alors qu’il met ses bottes et prétextera qu’il ne regardait pas où il allait. Même tactique sournoise et insidieuse dans la cour, à l’extérieur, où des enfants vulnérables deviennent la cible des enfants malveillants qui les persécutent, de nombreuses manières. On constate des mélanges de violences physiques et verbales en plus d’agressions menées de manière séquentielle et plus ou moins coordonnées, en groupes.

Du côté des filles, ça peut être physique aussi mais on constate souvent un mélange de mots choisis pour blesser la cible sans éveiller les soupçons de quiconque doit assurer une surveillance, aussi bien le personnel de l’école que les enfants-brigadiers ou surveillants. Par exemple, une fille choisira de dire à une autre qu’elle est vraiment belle alors qu’à l’évidence, son commentaire a pour but de souligner de manière sarcastique que l’intimidatrice trouve que sa cible ne l’est pas. Cette attaque sera souvent reprise par d’autres filles (et aussi des garçons) ce qui multipliera l’amplitude de l’attaque… et ses conséquences sur la cible.

En écoutant les enfants intimidés, on comprend que les intimidateurs ne manquent pas d’imagination pour infliger des blessures ponctuelles, graduelles et trop souvent permanentes à leur cibles intimidées.

Comble de l’horreur, les intimidateurs peuvent aussi être:

  • du personnel de l’établissement scolaire, incluant un ou des membres de la direction, du corps professoral, du service de garde ou du personnel — ces gestes d’intimidation étant dès lors plus difficiles à dénoncer;
  • du personnel des transports, incluant les adultes chargés de la bonne marche des transits des élèves et aussi, certains chauffeurs d’autobus;
  • des parents d’élèves, parfois d’autres élèves mais trop souvent, de la cible elle-même;
  • d’étrangers croisés dans l’établissement scolaire ou tout près, auquel cas ça exige une présence policière plus insistante.

Les enfants confrontés à des réalités d’intimidation doivent trop souvent gérer des attaques provenant de plusieurs intimidateurs, sur une base régulière.

Ça rend la fréquentation de l’école mais aussi la vie, en général, passablement plus lourde.

Pour contrer les intimidateurs

Puisque les enfants sont trop souvent laissés à eux-mêmes devant des réalités d’intimidation, il faut qu’un ou plusieurs adultes bienveillants leur donne des outils pour se faire respecter afin que toute intimidation passée soit punie et que les intimidations futures n’aient jamais lieu.

D’abord, l’enfant intimidé doit faire le choix d’en finir avec l’intimidation.

Ça paraît si évident et pourtant, de manière un peu tordue, l’intimidation qui a cours peut offrir un “avantage” à la cible. Par exemple, si l’enfant intimidé ne veut plus fréquenter l’école, la dénonciation d’actes d’intimidation qui n’ont pas eu lieu ou encore, n’ont pas été aussi pire que lorsque relatés pourrait contribuer au retrait de l’école, ne serait-ce que temporairement. C’est tordu mais ces cas existent alors il faut juste s’assurer d’éliminer ces motivations malsaines afin de bien trier les faits.

Une fois que l’intimidé a compris que c’est “le lui-même d’auparavant” qui se faisait intimider et que désormais, il est une personne qui a évolué pour devenir “lui-même, mais avec plus d’expérience”, il pourra plus facilement refuser de tomber victime d’intimidation car ça ne s’adresse plus au “nouveau lui”.

Un commentaire comme “t’es gros” aurait blessé son “lui d’avant” mais même si le poids physique de la cible n’a pas changé, c’est son expérience de vie qui a progressé et là, ce même commentaire ne l’atteint plus. Ça peut le blesser, certes mais grâce à son expérience, il aura la force de documenter (ne serait-ce que mentalement) ce qui s’est passé afin de mieux dénoncer le tout aux personnes en autorité qu’il aura choisi (à l’école ou à la maison).

C’est beaucoup demander à un enfant qui a été blessé par l’intimidation mais au final, il faut réaliser l’acquisition progressive d’expérience et s’en servir, de manière stratégique pour ériger des défenses contre toutes les formes, subtiles ou non, d’intimidation.

Mais ça n’arrête pas là.

En parlant de documenter l’intimidation, plus haut, on fait appel à nos sens pour qu’ils restent attentifs, aussi bien lorsqu’on est la cible que lorsqu’on constate une intimidation.

  • où?
  • quand?
  • par qui?
  • comment?

Toutes ces questions devraient avoir des réponses afin de pouvoir livrer un compte-rendu clair de l’intimidation.

Si c’est trop pour être retenu mentalement, la cible de l’intimidation doit tout coucher à l’écrit (ou demander à un adulte en autorité de le faire) afin d’exiger un suivi par rapport à chacun des aspects de l’intimidation, ce qui aura un effet dissuasif plus convaincant.

Et ça n’arrête pas là non-plus.

Oh! Que non…

Il faut réaliser que l’expression de l’opportunité pour l’intimidateur n’a pu avoir lieu qu’en terreau fertile, pour ainsi dire.

Conséquemment, la cible intimidée doit contribuer à modifier l’écosystème où il devient vulnérable à l’intimidation.

Par exemple, si la cible est toujours seule lorsqu’elle se fait intimider, elle doit soit s’entourer ou rester près des membres d’un groupe, incluant un groupe de professeurs ou de surveillants. Tout pour modifier l’écosystème afin de diminuer à zéro les risques d’opportunités d’intimidation.

Il est même possible pour la cible intimidée de jouer de finesse et de piéger un intimidateur en ayant, au préalable, demandé l’assistance d’un adulte en autorité.

La créativité ne devrait pas être l’apanage exclusif de l’intimidateur. Les cibles intimidées aussi doivent se transformer pour devenir habiles pour faire triompher leur droit à se réaliser, pleinement. Incluant en faisant cesser complètement l’intimidation, contre eux.

Le contrat social

Si nous choisissons collectivement que les établissements scolaires servent à former notre jeunesse, au plan académique mais aussi sur les fronts de la socialisation et du savoir-être social, il faut prendre les moyens pour assurer que nos services scolaires soient exempts d’intimidation.

Et là, on parle de cultiver le respect.

De manière multilatérale.

Parents, profs, élèves et tous ceux qui les côtoient doivent comprendre aussi bien leurs droits que leurs responsabilités.

Ça doit devenir très clair que les droits et les responsabilités sont indissociables.

Une “DPJ” des établissements scolaires

De la même manière que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a des droits d’ingérence dans des familles dysfonctionnelles, le ministère de l’éducation du Québec devrait pouvoir intervenir de manière musclée dans les écoles où se retrouve de l’intimidation, de manière endémique.

Les exemples où des professeurs intimident un ou plusieurs enfants sont réels et de trop nombreuses directions scolaires s’écrasent et ne défendent pas les enfants.

C’est là un énorme problème d’intimidation qui devrait être adressé avec force par des directives sans équivoque, provenant directement du ministère de l’éducation du Québec, quitte à couper une partie du budget d’une école qui refuserait de faire appliquer sa politique de “tolérance zéro” en matière d’intimidation.

Même chose si un ou plusieurs élèves intimident le personnel de l’école.

Chaque situation doit demeurer un cas d’espèce et faire l’objet d’une analyse “à froid” pour éviter les dérapages mais le message doit être clair pour les intimidateurs, à savoir que les gestes d’intimidation ne seront jamais tolérés.

Voir le monde autrement

Pour que les intimidateurs cessent d’intimider, il faut les éduquer, eux aussi.

En ce moment, on met tellement d’efforts à sauver les cibles intimidées des griffes des intimidateurs qu’on oublie d’aider… les intimidateurs.

À la base, au plan fondamental, on ne peut donner que ce qu’on connait.

Ainsi, un intimidateur qui fait usage de violence a appris cette même violence, ailleurs. À la maison? Dans la famille élargie? Chez des voisins? À la télé? Peut-être un mélange de toutes ces sources mais chose certaine, le comportement de l’intimidateur a une origine.

Si on prend l’exemple de la violence physique, pourquoi a-t-elle semblé être “une bonne idée” pour l’intimidateur?

Est-ce que l’intimidateur a reçu “les bons outils” pour exprimer ses propres émotions? Ou encore, est-ce que faute d’être capable de dire “je me sens mal” avec des mots il s’en remet à des coups, assénés à une cible plus faible  physiquement que lui.

Il faut revenir à la base des motivations qui “justifient” les gestes d’intimidation et faire comprendre aux intimidateurs que le rôle qu’ils jouent n’est pas forcément un reflet de qui ils sont mais plutôt une manifestation d’un “geste de protection” pour camoufler une de leurs faiblesse avec laquelle ils n’arrivent pas à être à l’aise.

Dans notre exemple ci-haut du manque de vocabulaire compensé par des coups, ça cache peut-être un profond malheur chez l’intimidateur parce qu’il reçoit cette violence et refuse d’être le seul à souffrir alors il réplique des gestes dont il est victime pour que cette violence soit “passée” à autrui. Au pire, l’intimidateur ne sera pas le seul à souffrir (selon sa logique unilatérale, en regard de sa situation).

Ceci dit, toutes les situations d’intimidation sont uniques mais la solution doit passer à la fois par une excellente protection des cibles d’intimidation et un accompagnement des intimidateurs.

Les parents qui intimident

Impossible d’écrire un article-phare sur l’intimidation sans mentionner les parents du Québec qui intimident, aussi bien leurs propres enfants que les enfants des autres.

Ces parents doivent être rapidement être dénoncés. Par les enfants, par les proches, les voisins et aussi le personnel scolaire qui serait témoin de gestes assimilés à diverses formes d’intimidation.

Trop d’adultes se comportent de manière irresponsable.

Cette irresponsabilité, couplée à de l’immaturité, de l’impatience et divers problèmes mentaux fait naître d’importantes problématiques, dans la vie familiale. Incluant de l’intimidation.

Les divorces suivis des familles reconstituées n’aident pas toujours les enfants à trouver un milieu de vie familial où il fait bon vivre. Loin de là, on retrouve des parents qui se désengagent et d’autres, qui refusent de s’engager de manière convenable.

Notre système de justice ne fonctionne que de manière minimale pour protéger nos enfants, surtout les plus vulnérables et l’emphase devrait être mise sur l’entretien d’environnements familiaux qui valorisent l’amour, l’entraide, le don de soi et le respect mutuel.

Notre regard social sur l’intimidation, au Québec, doit en être un qui ne fait aucun compromis et qui dénonce les abus tout en permettant une très grande liberté d’expression, de débats balisés et de pleine réalisation de chaque individu, en ce qu’il a de mieux à offrir.

Une société a besoin de sécurité et là, il est temps qu’on fasse le ménage dans nos milieux scolaires pour en finir avec l’intimidation afin d’avoir la fierté d’offrir des écoles où la “tolérance zéro” envers l’intimidation n’est pas qu’un slogan mais un fait.

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