L’échec du Renouveau pédagogique du Québec

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C’est en 1997, il y a 13 ans, que Pauline Marois, alors ministre l’Éducation du Québec, présentait à ses “partenaires du monde de l’éducation et à l’ensemble de la population” son “énoncé de politique éducative” où elle précisait et expliquait “les changements dont fera l’objet l’école primaire et secondaire du Québec au cours des prochaines années”.

Ouvertement contesté, dès le début, le Renouveau pédagogique a été intégré, en totalité, dans le système éducatif québécois, au cours de l’année scolaire 2009-2010.

On peut donc dire que les élèves du primaire et du secondaire de cette année, en 2010, sont ceux qui seront le plus affectés par ce “nouveau programme”. En clair, l’agenda de “renouveau” et de “changement” tant espéré par Pauline Marois, aujourd’hui cheffe de l’opposition péquiste, à l’Assemblée nationale du Québec, est désormais une réalité.

Pourquoi diantre n’entend-t-on pas ses “partenaires” du monde de l’éducation louanger ce “grand changement”? Et les parents? Est-ce qu’ils manifestent ouvertement leurs satisfaction de savoir leurs enfants pris en charge par ce “nouveau régime éducatif”?

Et bien, on ne les entend pas parce qu’ils sont aussi furieux contre cette réforme que les enfants, authentiques victimes du “changement”, sont mêlés… et découragés.

Pour quiconque a eu l’occasion de se frotter au Renouveau pédagogique, il y a de quoi en perdre son latin!

C’est la complexification de tout ce qui était simple via une injection de transversalité outrancière dans ce qui aurait dû continuer à être enseigné “en silo”. Pourquoi rechercher l’enrichissement des “compétences transversales” alors qu’à l’extérieur de l’école (primaire et secondaire), l’acquisition de connaissances se fait “en silo”?

Par exemple, est-ce qu’on va enseigner l’histoire et la culture au futur opérateur de pelle mécanique sous prétexte que ça le fera devenir un “meilleur citoyen”? Bien sûr que non, ce serait d’un ridicule consommé. Et pourtant, c’est ce genre d’idiotie —cautionnée par Pauline Marois, la grande destructrice de notre jeunesse— qu’on retrouve dans le Renouveau pédagogique qui promettait pourtant une amélioration à notre système d’éducation.

À la base, notre système d’éducation n’avait pas de problème mais pour que les jeunes québécois apprennent leur rôle d’esclave économique aussi jeune que possible, il fallait que nos enfants soient broyés dans une grosse machine où la transversalité vient ruiner toute chance pour un enfant d’aller au bout de ses capacité.

Et pour cause, le Renouveau pédagogique n’en a que pour le nivellement par le bas!

Il faut “sauver” les plus faibles!

Tout est orienté vers la tolérance de la relative médiocrité.

Précisons d’emblée que les parents des classes moyennes-élevées et riches envoient déjà leurs enfants dans les écoles privées où ils apprennent “en silo” et peuvent se réaliser pleinement, au plan académique, dans un milieu où se cultive l’excellence, en tous points.

Les “autres parents” n’ont d’autre choix que d’envoyer leurs enfants dans des écoles publiques où les professeurs ont dû accepter la pilule empoisonnée de Pauline Marois qui a sciemment dénaturé leur travail en les forçant à “développer des compétences” et non à “transmettre la connaissance” (pour ensuite vérifier la maîtrise de cette connaissance fraîchement transmise).

Ainsi, Pauline Marois et ses successeurs ont tous défendu la validité du modèle “pro-compétence” au détriment de celui qui a mené au succès récent de la nation québécoise, celui qui mise sur les “connaissances”.

Parmi les individus que certains n’hésiteraient pas à qualifier de traîtres qui ont succédé à Pauline Marois et qui se sont docilement à-plat-ventri devant le monument d’imposture de cette “ministre pro-transversalité” qui, encore aujourd’hui, clâme qu’elle avait raison d’introduire le Renouveau pédagogique, mentionnons les suivants:

Ces individus sont directement responsables des incroyables dommages causés à nos enfants qui auraient dû recevoir une éducation axée sur les connaissances et non sur les compétences parce que ces dernières se développent naturellement, plus tard dans la vie. Après tout, avant d’être compétent pour opérer à cœur ouvert, un médecin aura acquis des connaissances, non? Avec le cirque de Pauline, c’est exactement l’inverse qui est prôné! Quel délire…

Toute une catastrophe, pour le peuple québécois tout entier qui voit, en 2010, six (6) années de primaire et cinq (5) années de secondaire, sacrifiées pour que les élèves soient transformés en “bons citoyens” qui y voient plus clair en “compétences transversales” et en “culture”.

Wow.

C’est ça, le Québec de demain?

Mieux vaut se dire la vérité tout-de-suite: on s’enligne pour un réveil passablement brutal.

Non-seulement les “boomers” auront-ils endetté leurs enfants comme aucune autre génération ne l’aura fait avant eux mais en plus, ils auront assisté, à peu près sans réaction, à la destruction planifiée de ce qu’il y avait de bon et d’utile, dans le système éducatif québécois.

Tout un “achievement”, comme le baragouinerait Pauline!

Que ce soit clair, Pauline Marois n’a aucune gène à dire que son Renouveau pédagogique tient la route alors même qu’enseignants, parents et enfants n’en finissent plus d’haïr ce “changement de cap” de l’éducation vers le merveilleux monde des “compétences”, concept passablement tortueux pour des enfants qui devraient avoir le luxe de développer leurs propres compétences, au fil du temps, en se basant sur l’inventaire de leurs “connaissances” acquises, idéalement, dans un réseau d’éducation conçu pour nourrir l’excellence, en tous points (et non seulement lorsque ça correspond aux objectifs du “programme”).

Si l’on compte Pauline Marois, ça fait trois (3) péquistes et trois (3) libéraux, coup-sur-coup, qui nous assurent que tout va bien, avec le Renouveau pédagogique. Si c’est vrai, pourquoi est-ce le réseau est sans-dessus-dessous? Si cette chimère de “manufacture à transversalité” fonctionnait vraiment, ne serait-on pas en train d’assister à une réussite de ce “modèle”?

Alors, est-ce que c’est si grave si on sacrifie une génération entière pour l’éloigner des principes élémentaires d’excellence?

Après tout, la plupart des “boomers” seront retournés aux couches-culottes au moment où nos beaux enfants du primaire et du secondaire en seront rendus à se demander si leurs “compétences transversales” leurs permettent d’être de bons petits esclaves économiques au “salaire minimum” pour le compte d’une transnationale étrangère ou s’il leur reste assez de courage pour affronter les montagnes de connaissances qu’il leur reste à acquérir pour exceller dans un domaine qui les passionne.

En clair, si les “boomers” veulent sauver les enfants des effets du Renouveau pédagogique, c’est maintenant qu’ils doivent se lever et s’opposer à l’épouvantable catastrophe-au-ralenti qui est en train de se produire.

Nous sommes en 2010 et le portrait de l’éducation moderne, au Québec, n’a jamais été aussi sombre.

Grâce aux “efforts” de Pauline et de ses successeurs, l’inversion qui a transformé l’école de l’enseignement à l’apprentissage et des connaissance aux compétences a fonctionné.

Pauline doit également une fière chandelle aux “boomers” qui n’ont pas vu l’utilité de défendre les enfants contre l’attaque sauvage de “Pauline & Friends” contre le droit de ceux-ci à l’enseignement véritable et à l’accession, sans détour, aux connaissances.

Aujourd’hui, le Peuple québécois se réveille au beau milieu d’une tempête éducative qui ruine nos élèves les plus faibles en les isolant systématiquement dans des “parcours particuliers” et en supprimant le droit à l’excellence pour les élèves les plus doués qui, privés de l’accès traditionnel aux connaissances afin de tout miser sur les “compétences”, va faciliter la prise de contrôle de notre coin du monde par des étrangers qui, eux, ont eu assez de jugeote pour préparer leurs enfants à devenir des “maîtres” et non des esclaves.

Il faut assurément prendre soin de nos élèves les plus faibles et c’était l’argument central de Pauline, dès 1996, lors de son accession au poste de ministre de l’Éducation du Québec mais là, avec le Renouveau pédagogique, on voit bien qu’à part les isoler et les confirmer dans leur proverbiale misère éducative, ils auront fort à faire pour véritablement se réaliser, en tant qu’élèves et plus tard, en tant qu’individus devant affronter des concurrents de partout dans le monde qui ne leurs laissent aucune chance, armés d’une incroyable confiance en eux basée, en partie, sur leur bagage de “connaissances” (et non de banales “compétences” qui, sans connaissances, n’ont aucune valeur).

Est-ce que vous aimez assez les enfants pour les sortir de l’enfer du Renouveau pédagogique?

Aurez-vous le courage d’affronter “Mamselle Courchesne” la prochaine fois qu’elle tentera de vous confondre avec son torrent de mots doux à propos du Renouveau pédagogique?

Prendrez-vous la part des tenants de la “réforme” ou encore, ferez-vous appel à votre propre “gros bon sens” pour dénoncer un dérapage inacceptable, en éducation, au Québec?

Au final, défendrez-vous l’agenda de destruction de notre jeunesse ou le droit de nos enfants à un enseignement de qualité et à l’accès, direct et inaliénable, aux connaissances? À vous de décider mais faites votre idée plus tôt que tard parce que le processus de nivellement par le bas signé Pauline est bel et bien enclenché.

Pour l’amour de nos enfants, il faut dire NON à la Réforme pédagogique dans sa mouture actuelle car il s’agit d’un authentique échec.

Il faut stopper la “machine à compétences transversales” pendant que nous le pouvons encore. Ce ne sera pas joli, l’avenir dans lequel nos enfants, devenus adultes, confirmés dans leurs prétendues compétences, devront se mesurer aux étrangers qui tenteront, par tous les moyens, de les asservir en puisant dans leur large éventail de connaissances.

Sérieusement, les Amis, il faut changer le cours des choses en éducation et remettre l’accent sur l’enseignement et la connaissance. Le “plan de Pauline” n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais. Rien ne remplace une solide base de connaissances, qu’importe le nombre de “compétences” dont on dispose.

Tags: éducation au québec, pauline marois, ministre de l’éducation, péquiste, réforme de l’éducation, renouveau pédagogique, déception, enfants, élèves, primaire, secondaire, compétences, compétences transversales, connaissances, apprentissage, perte de temps, enseignement, excellence, élèves en difficulté, parcours particuliers, québec, réalisation de soi, pleine réalisation du potentiel, plan marois

7 commentaires
  1. Micaël Bérubé Dit

    Bonjour !

    Je problème avec ce billet, c’est qu’il n’est absolument pas documenté. Il nous en apprend plus au sujet des états d’âme de son auteur qu’au sujet du Renouveau. Dommage, parce qu’en tant qu’enseignant au cégep, j’aimerais bien en savoir davantage sur ce qui se passe réellement sur le terrain de l’école primaire et secondaire. Sûrement que des douzaines de chercheurs l’étudient sous toutes ses coûtures ?

    MB

  2. cgelinas Dit

    Merci d’avoir pris le temps de publier votre opinion, Micaël.

    Soyez assuré que mes propos sont documentés et bien que l’essentiel de mon propos reflète ma position sur le sujet, il n’en demeure pas moins que j’ai pris le temps de faire mes recherches qui, pour cet article, ont pris quelques jours.

    Ce serait faux de prétendre que 100% du programme de Renouveau pédagogique ne fonctionne pas puisqu’il s’y trouve des éléments de motivation, pour les élèves, qui (à mon sens) méritent d’être retenus et valorisés mais pour l’essentiel, il faut revenir à l’enseignement et à la transmission efficace des connaissances.

    Selon moi, il s’agit d’une valeur sûre qui, combinée au retrait des devoirs le soir, permettrait à nos enfants de jouir d’une solide éducation, en équilibre avec assez de temps pour alimenter leurs projets personnels, à l’extérieur de l’école.

  3. fhebert Dit

    Bonjour,

    J’ai trois enfants, deux qui fréquentent l’école primaire et un au secondaire. Je n’écris pas ce texte à la suite d’une recherche ou d’une étude mais parce que ma conjointe et moi le vivons depuis 8 ans.

    Au début, nous prenions leurs mésaventures académiques très personnelles. Nous avons cru que c’était nos enfants qui avaient des problèmes mais nous gardions nos doutes sur le fonctionnement de l’éducation au Québec. Ma conjointe qui a un BAC en français et moi qui ai 2 diplômes au niveau collégial ainsi que quelques cours universitaires, sommes complètement déboussolés par le nouveau système scolaire.

    Par exemple, en 3e année, un de nos garçons semblait très doué pour le par cœur et revenait souvent avec de bons résultats pour ses dictées de mots en français et pour les nombres en mathématique. L’école semblait dire que c’était bien, mais qu’il ne comprenait pas ce qu’il faisait. Le fait aussi qu’il ne parlait pas beaucoup en classe n’aidait pas. Aujourd’hui en 6e année, c’est toujours la même chose « Tu as des connaissances mais tu ne sais pas les transférer, donc tu ne comprends pas».

    Alors, il se retrouve avec des échecs à chaque bulletin en français et en mathématique ou tout juste la note de passage. Oui, il a quelques lacunes, mais d’essayer de le faire comprendre le pourquoi et le comment, le mélange encore plus. Il lui arrive même de dire : « Ma tête va exploser, je ne veux plus aller à l’école ». Si seulement nous pouvions l’envoyer au privé.

    Nous nous acharnons à le faire passer à la prochaine année, grâce au 33% de la décision finale (École 33 ; enfant 33 ; parents 33). Ce qui ne sera pas le cas au secondaire. Mais quelle confiance il a maintenant du fait que ses parents interviennent à chaque fois.

    Dites-moi, est-ce un crime d’exceller dans le par cœur? Sont-ils tous obligés de comprendre le pourquoi et le comment ou de transférer leurs connaissances dans d’autres contextes à leur âge…? Moi, en tout cas, je n’aurais même pas fini mon secondaire…

    Merci
    De Parents d’élèves

  4. Isabelle Viens Dit

    Bonjour, j’aimerais savoir les vraies différences entre le renouveau pédagogique ou PFEQ. Et avant? Et comment s’appelait le système d’avant? Il consistait en quoi?

  5. Maixme Doyon Dit

    Petit commentaire… Je suis en Adaptation Scolaire secondaire à l’UQTR et j’ai eu LA CHANCE d’avoir un cours de 45 heures sur le Renouveau et laissez moi vous dire, Monsieur Gélinas, que vos quelques jours de recherche ne sont aucunement suffisants pour vous informer suffisamment pour traiter les gens «d’esclaves» et de parler «d’idioties». De plus, avant d’être éducateur ou blogueur, nous sommes citoyens. Avec ce cours, je commence à apprendre. J’ai aussi rencontré des professeurs, des directeurs, des parents ET des enfants très satisfaits de cet «agenda de destruction». Merci

    Maxime

  6. Liliana Dit

    Cher Monsieur Doyon,

    Nous sommes contents de vous voir si content de ce que la Réforme « fait » pour nos enfants, mais vos certitudes nous terrifient. Vous ne pouvez même pas imaginer ce que l’immense majorité des élèves et leurs familles vivent dans le quotidien. Puisque vous êtes au début de votre carrière, permettez à un vieux prof (et parent d’un enfant dysphasique) de vous dévoiler un petit secret : des compétences sans connaissances, c’est d’un absurde qui ferait rougir (ou pâlir, peu importe) Kafka lui-même. Ce n’est pas ce que nos enfants méritent, Monsieur Doyon ! Le Renouveau doit être renouvelé.

    Merci,
    Liliana

  7. […] N’oubliez pas que derrière chaque décrocheur, il y a habituellement un ou plusieurs enseignants qui n’ont pas su transmettre leurs connaissances de manière adéquate (ou « transmettre des connaissances » sera toujours un million de fois plus important que de « développer des compétences » et ça, il faudrait que les imbéciles à la tête du Ministère de l’éducation du Québec se le rentrent dans la tête — sérieusement, juste ça, c’est un gigantesque problème amené par la « réforme » de l’éducation mais bon, c’est un sujet pour un autre billet). […]

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