À voir les enfants du primaire et du secondaire trimbaler des sacs à dos trop lourds pour la bonne santé de leur colonne vertébrale, on se doute déjà que plusieurs professeurs exagèrent, au chapitre du volume de devoirs.

Comment blâmer ces professeurs qui respectent leur convention collective qui les empêche de faire plus de 32 heures (payées) par semaine? Ceux qui voudraient rester plus longtemps au travail pour aider les élèves avec leurs devoirs ne le font généralement pas parce qu’ils ont une vie, eux aussi et ils sont pressés de retourner à la maison.

Ce qui est drôle dans les devoirs, c’est le double language de certains professeurs qui disent « je suis à l’école de 8h à 15h (7 heures), 5 jours par semaine (soit 35 heures, en tout, moins les dîners et pauses, pour arriver à 32 heures) » et là, ils ajoutent « personne ne va me forcer à faire plus d’heures, non-payées! » — ok.

Alors pour fins de comparaison, précisons que les enfants aussi passent cette même trentaine d’heures à l’école, chaque semaine. Et à la maison, ce n’est pas encore fini (contrairement à plusieurs semaines tranquilles pour des profs qui n’ont pas nécessairement de corrections à faire, à tous les soirs). Les devoirs IMPOSÉS par les profs (qui croient en cette approche) doivent être terminés par les élèves s’ils ne veulent pas être pénalisés. Autrement dit, les profs qui disent avoir « assez donné » après leurs 32 heures « payantes » imposent un horaire de soir contraignant aussi bien aux enfants qu’à leurs parents.

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En matière de devoirs et de travail « supplémentaire » de soir, ce qui est bon pour pitou (les élèves, forcés d’affronter un barrage quotidien de devoirs) n’est pas nécessairement bon pour minou (les profs qui sont mieux placés pour gérer leur horaire hors-classes, à qui il arrive souvent de pouvoir faire les corrections pendant les heures de cours, notamment lors des périodes de lecture).

C’est triste parce que la plupart des profs comprennent l’importance pour tout enfant de vivre SA vie après avoir été « instruit » toute la journée. Plusieurs profs sont même d’accord que la soirée devrait appartenir aux enfants et à leurs parents mais on dirait que la tentation devient trop forte et c’est avec des devoirs en format XL que les enfants doivent composer, tous les jours de semaine et de plus en plus, les fins de semaines aussi.

Mais les devoirs, c’est essentiel, non?

Voilà une question férocement débattue, en ce moment. Un enfant qui se repose le soir est en pleine forme pour sa journée d’école, le lendemain. L’assommer avec des devoir le fatigue pour le lendemain et le frustre parce qu’il ne peut pas pleinement participer aux activités de la famille.

Ce n’est pas ici qu’on va déterminer si les devoirs à la maison sont réellement utiles ou non mais au nombre de fois qu’on entend les enfants vouloir aller jouer dehors pour se faire répondre « non, termines tes devoirs » par leurs parents, on comprend vite que le jeu des devoirs ne se fait pas à coût nul. Les enfants qui sont enchaînés à leurs livres prennent du poids, n’arrivent pas à dépenser pleinement leur trop-plein d’énergie et enragent de ne pas pouvoir s’amuser, alors qu’ils ont travaillé si fort, toute la journée.

Et là, on ne parle même pas des parents qui auraient pu avoir un moment pour s’amuser avec leurs enfants mais qui ne le peuvent tout simplement plus parce que les devoirs, surtout lorsqu’ils sont en format XL, prennent trop de place.

Les profs essaient, souvent de manière convaincante, de se faire les grands défenseurs des devoirs et on comprend que certains le font pour des raisons qui leurs paraissent justes mais pour d’autres, il s’agit de mieux masquer leur relative incapacité à passer la matière, auquel cas, advenant un échec ou de mauvaises notes, ils n’auront qu’à blâmer l’enfant et ses parents « qui ne font pas bien les devoirs » et hop! Ils sont pleinement disculpés et mettent sur les épaules des enfants et des parents les difficultés scolaires des enfants. C’est une proposition très tentante pour de nombreux profs mais heureusement, pas tous. Ouf!

Alors on en est là.

Avec des profs qui se disent épuisés après 32 heures payées et des élèves qui doivent trainer des sacs pleins de livres.

Les parents doivent accueillir les devoirs dans leur maison comme si c’était souhaitable qu’après avoir passé une journée séparés de leur enfant, ils doivent encore le dédier à… encore plus d’école, à la maison.

Où trace-t-on la ligne?

Il faut se le demander parce que lorsqu’un parent parle à un prof, à propos des devoirs, c’est souvent pour se faire répondre que « c’est juste un petit 15 minutes » suivi d’un « hahaha » mais dans les faits, ça va généralement prendre au moins 1 heure intensive. Mais rares sont les profs qui se disciplinent à en donner moins, beaucoup moins ou mieux, pas du tout (parce qu’il y a des profs qui ne donnent pas de devoirs à la maison et les élèves réussissent aussi bien).

Il ne s’agit pas de faire un procès d’intention aux devoir mais simplement de constater que les enfants perdent une part significative de leur soirée assis, sur leur chaise, en train crayonner des pages.

En tant que société, on valorise la santé physique et psychologique de nos enfants mais est-ce que les devoirs vont en ce sens? S’ils doivent rester assis une heure de plus, le soir, au lieu de jouer, où est l’avantage pour la santé physique? Même chose pour l’équilibre psychologique car lorsqu’on passe sa vie à ne faire qu’une chose, dans ce cas-ci, des apprentissages à l’école et des devoirs à la maison, on se demande où l’imaginaire de l’enfant et sa débrouillardise ont le temps de fleurir?

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Certaines familles s’accommodent mieux des devoirs.

Il faut le préciser.

Des familles à l’aise financièrement (ou avec des dispositions sociétales particulièrement avantageuses) qui ont généralement de l’aide pour le ménage (femme de ménage, à chaque semaine), pour le gardiennage (nounous pour donner « un break » aux parents) et pour plein d’autres tâches alors c’est normal que ce soit plus facile de consacrer du temps de qualité pour une tâche imposée comme les devoirs… même en format XL!

Si l’on ajoute la facilité à bien s’alimenter quand le revenu familial est plus élevé, on peut être certain que le souper sera bon et cuit à temps. Ça aussi, ça facilite la fameuse « routine des devoirs« .

Maintenant, on prend l’exemple, bien plus courant, de l’unité familiale monoparentale avec ou sans emploi, où tout est à faire, en version plus longue que courte. Le parent est souvent épuisé lorsqu’arrive le temps des devoirs et n’a personne vers qui se tourner pour l’aider. Ce stress nuit à la bonne marche de la période normalement consacrée aux devoirs et ça influence négativement l’enfant… ainsi que toute la vie de famille.

Ajoutez des troubles d’attention chez l’enfant ou l’adulte et là, on voit que les devoirs deviennent un véritable obstacle à la vie familiale parce qu’il risque de causer des heurts, à chaque soir.

Le genre de situation qui dégénère vers… pire.

Et c’est courant… bien plus que les profs (qui donnent les devoirs) le pensent.

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Pour garder l’exemple aussi réaliste que possible, ajoutons un ou plusieurs enfants qui doivent, eux aussi faire des devoirs. La maison n’étant pas une école, on peut imaginer les problèmes de base comme l’espace disponible pour faire les devoirs, l’éclairage, le fait qu’il y ait trop de distractions et qu’à tout moment, l’adulte soit sollicité pour des questions difficiles à répondre, quand elles sont demandées, hors-contexte.

Clairement, dans la publicité que le gouvernement du Québec avait passé en faveur des devoirs, il y a quelques années, on voyait deux enfants clairement très disciplinés qui venaient montrer leur devoir complété à leur père, habillé chic et assis à la table de la salle à manger pendant qu’on voyait la mère qui complétait le souper, en arrière-plan, dans une cuisine moderne et fonctionnelle. Dans la publicité gouvernementale, l’éclairage était abondant, les pièces plutôt grandes, l’espace pour faire les devoirs bien adapté et on sentait qu’au fond, tout allait vraiment bien, pour cette famille.

Des familles heureuses et sans aucun problème, ça existe. Heureusement! On aimerait que toutes les familles soient comme ça. Sérieusement. Ce serait génial. Et les devoirs à la maison ne poseraient de problème pour personne. Les  enfants, les parents et les profs chanteraient les louanges des devoirs, à l’unisson. Plein de monde qui vivent dans l’abondance, dans tous les sens, qui célèbrent le moment des devoirs. Wow. Peut-on imaginer mieux que ça?

Si ça c’est la version romancée que voit le gouvernement du Québec pour justifier ses devoirs, c’est probablement mieux qu’ils ne viennent pas trop souvent sur le plancher des vaches pour voir à quel point ça ne se passe pas toujours comme ça… il ne faudrait pas briser leur belle illusion!

Sans dire que c’est nécessairement un cauchemar, les devoirs enlèvent un temps précieux aux enfants et aux parents qui voudraient vivre une vie de famille, sans les obligations de l’école.

Au fond, on voit dans l’exemple de la prof Marie-Claude Tardif que les enfants qui n’ont aucun devoir réussissent aussi bien (sinon mieux) que ceux qui n’en ont pas alors ça devrait alimenter la réflexion de ceux qui croient, à tort, qu’il n’y a que les devoirs pour favoriser la réussite d’un enfant.

Et si les devoirs étaient plus toxiques qu’on le croyait?

Plus encore, serait-il possible que l’efficacité de la période des devoir augmente dans la même proportion que le volume de tâches à compléter diminue? Moins de devoirs = plus de temps pour chaque élément à réviser… et plus de temps pour autre chose, pour tous les membres de la famille.

Autrement dit, est-ce qu’on a vraiment trouvé la bonne formule avec l’obligation actuelle de devoirs, en quantité telle que les sacs d’écoles des enfants sont pleins?

Est-ce que le Québec a vraiment besoin des devoirs, en format XL?

Ce billet ne changera pas votre idée préconçue des devoirs et c’est correct ainsi. Vous avez droit à votre opinion sur ce sujet et tous les autres mais gardez l’esprit ouvert à la perspective d’une école qui complète la vie familiale (au lieu de la concurrencer). Pourquoi ne pas offrir à l’enfant le moment du soir pour se retrouver et pour se construire, en tant qu’individu? Pourquoi toujours le forcer vers la standardisation alors qu’on dit vouloir que chaque personne en société puisse faire briller son unicité?

Les devoirs vont continuer à être un sujet chaud, tout spécialement pour les parents qui n’arrivent pas à bien les intégrer à leur routine.

Les profs auront beau dire que les devoirs sont la responsabilité de l’enfant, c’est clair que tout ce qui entre dans une maison devient, directement ou non, une responsabilité partagée (à divers degrés) par tous les membres de la famille. Plus il rentre de devoirs, moins les autres aspects de la vie de famille pourront s’épanouir. Les profs ont-ils vraiment bien saisi l’impact de leur recours systématique aux devoirs?

Pour la grande majorité, les professeurs du Québec veulent le bien des enfants alors la question des devoirs doit faire l’objet de débats parce qu’en ce moment, ce n’est pas vrai qu’ils fonctionnent si bien que ça… surtout lorsqu’ils sont en format XL.

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